Rencontre entre Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno, candidats du NPA-R et la CGT ville de Lyon

Introduction

Au mois de janvier, dans la Tribune des Municipaux en version papier, nous avons publié des entretiens réalisés avec les principaux candidats aux élections municipales de la ville de Lyon.

Nous n’avions pas traité la candidature du NPA Révolutionnaire (NPA-R), car, au moment où nous avons décidé la mise en place de cette tribune, cette organisation n’était pas encore candidate. Plus tard, nous nous sommes aussi interrogés sur leur capacité à constituer une liste. C’est pour cette raison qu’ils ne figuraient pas dans notre journal.

Après avoir pris connaissance de la Tribune des Municipaux, le NPA-R nous a contactés afin de bénéficier du même traitement que les autres candidats. Nous avons donc rencontré Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno, candidats du NPA-R, et leur avons posé les mêmes questions qu’aux autres.

CGT VDL : Quelle est votre vision du dialogue social ?

NPA-R : Cette question s’adresse surtout à des personnes qui se projettent directement en tant que managers. Nous, nous restons des militants, des militants communistes révolutionnaires issus de la classe ouvrière. Même en tant que candidats, nous n’abandonnons pas cette posture. Ce n’est pas le fait d’être élu qui changera notre vision des choses.

Pour nous, le dialogue social est une vaste blague. On le voit dans les entreprises : les travailleurs ne sont jamais réellement consultés, il n’y a aucune démocratie. Souvent, on n’a même pas le droit d’exprimer ses idées, et il peut y avoir de la répression contre les syndicats. Quand on est convoqué face au patron, on n’est jamais sur un pied d’égalité.

L’important, ce sont les luttes et les grèves. C’est comme cela que les travailleurs se font respecter et obtiennent des choses. Ce n’est pas simplement en se mettant autour d’une table que l’on crée un véritable rapport de force. Et l’égalité avec le patronat n’existe pas.

Bien sûr, nous nous projetons comme candidats, mais il n’est pas question de faire des promesses. Nous représentons avant tout les intérêts des travailleuses et des travailleurs.

CGT VDL : Quelle est votre conception du rôle du service public territorial dans une ville comme Lyon ?

NPA-R : Pour nous, les services publics recouvrent de nombreux domaines : les transports, la petite enfance, l’éducation, la santé, etc. Aujourd’hui, ils sont menacés par les coupes budgétaires et sont souvent les premiers visés.

Sans eux, la société fonctionnerait très mal. Mais nous pensons aussi que ce sont les travailleuses et les travailleurs qui devraient décider de tout, car ce sont eux qui font déjà tourner les services dits publics.

Nous parlons souvent de « services utiles « à la population plutôt que de services publics. Dans l’idée de service public, certaines activités sont utiles, d’autres beaucoup moins. Prenons l’exemple de l’accès à l’alimentation : ce n’est pas un service public, mais tout le monde s’accorde à dire que c’est essentiel.

Il y a aussi une vieille discussion dans le mouvement ouvrier sur le rapport à l’État : faut-il toujours demander plus d’État, alors que l’État est aussi un adversaire ? L’État n’est pas neutre, il n’est jamais de notre côté. On le voit dans le secteur public : il n’est pas un rempart contre les attaques, mais une machine qui envoie la police contre les manifestations, remplit ses prisons de syndicalistes ou de militants, et réprime ceux qui contestent l’ordre établi.

C’est aussi pour cela que nous parlons de services utiles à la population. Nous voudrions développer des services essentiels comme l’accès à l’alimentation ou le logement. À l’inverse, certains services publics ne nous semblent pas utiles, comme l’armée lorsqu’elle sert les intérêts de la France dans d’anciens pays colonisés ou dans des opérations liées aux intérêts capitalistes.

CGT VDL : Les agents municipaux subissent une charge de travail croissante et un manque d’effectifs dans de nombreux services. Comment comptez-vous améliorer concrètement les conditions de travail dans la fonction publique territoriale ?

NPA-R : En arrivant ici, nous avons vu des affiches appelant au recrutement à la Ville de Lyon. Les manques d’effectifs sont sans doute liés aux salaires et aux conditions de travail, qui ne sont pas satisfaisants.

Nous sommes évidemment pour l’augmentation des salaires pour toutes et tous, la réduction du temps de travail, et des embauches massives pour permettre aux agents d’effectuer correctement leur travail, un travail utile à la population.

Cependant, nous ne pensons pas qu’un maire puisse imposer seul ce type de mesures. Elles doivent venir des travailleurs eux-mêmes, par la grève, la lutte et la mobilisation.

Il y a des attaques permanentes contre les budgets des services publics. Nous serons dans les luttes pour y résister. Nous ne voulons pas faire de promesses : ce sont les luttes qui changent les choses. Nous nous plaçons toujours du côté des salariés, et nous le resterons même si nous sommes élus.

CGT VDL : De plus en plus de services municipaux ont recours à la sous-traitance ou à des contractuels précaires. Quelle est votre position sur la titularisation et la lutte contre la précarité dans la fonction publique territoriale ?

NPA-R : Dans le secteur ferroviaire où je travaille (propos de Anthony Bruno), nous connaissons bien cette situation. Il existe plusieurs statuts chez les cheminots, avec des droits différents, ce qui crée des inégalités et beaucoup de problèmes au quotidien.

Cette situation qui créé de la précarité a aussi un objectif politique : elle sert à diviser les travailleurs. La multiplication des statuts affaiblit la force collective.

Nous sommes donc pour une unification par le haut, en prenant le meilleur de chaque statut. Mais cela suppose une lutte collective de tous les travailleurs. La division entre statuts ne sert que les directions et favorise la sous-traitance.

CGT VDL : Allez-vous garantir le maintien du statut de la fonction publique territoriale face aux tentations de « management privé « ou d’externalisation des missions ?

NPA-R : Sans surprise, oui, nous nous opposons aux attaques contre les statuts. Mais même les statuts ont leurs limites. Par exemple, le statut cheminot permet dans certains cas d’embaucher en dessous du SMIC.

Les statuts restent souvent corporatistes : ils défendent les intérêts d’une profession. Nous pensons plutôt qu’il faut construire des luttes communes de l’ensemble des travailleurs pour améliorer les conditions de travail.

Nous défendons les statuts existants contre les reculs sociaux, mais pour nous, ils ne sont pas une fin en soi.

CGT VDL : Face à la hausse des burn-out dans les services, quelles mesures de prévention et de santé au travail envisagez-vous pour les agents municipaux ?

NPA-R : Le burn-out est souvent lié à la surcharge de travail et à des salaires qui ne suivent pas. La mesure la plus simple et potentiellement la plus efficace serait une réduction importante du temps de travail.

Allonger la durée légale du travail à 1 607 heures, instaurer la semaine de 4 jours à temps de travail égal, ou imposer des réorganisations, ne résout rien. Une véritable réduction du temps de travail serait bien plus efficace pour améliorer la santé des agents.

CGT VDL : L’inflation a réduit le pouvoir d’achat des agents territoriaux. Êtes-vous favorable à une revalorisation salariale municipale complémentaire au point d’indice, notamment via l’IFSE ?

NPA-R : Oui. Nous défendons une augmentation générale des salaires, avec au moins 400 € supplémentaires pour tous.

Nous pensons aussi qu’aucun revenu — salaire, pension ou retraite — ne devrait être inférieur à 2 200 € nets par mois, ce qui correspond à peu près au salaire médian.

Il y a une vraie dualité dans la question des primes. Souvent, elles sont obtenues par des mobilisations, qui sont le produit de la lutte des classes. Toutefois, elles ont des limites : quand on augmente la rémunération par une prime, la rémunération brute stagne, car les cotisations sociales ne sont pas prélevées dessus.

Nous préférons les augmentations salariales aux primes, car les primes ne sont pas pérennes et ne financent pas les cotisations sociales.

CGT VDL : Les agents de catégorie C restent les plus exposés à la précarité et à la pénibilité. Comment entendez-vous mieux reconnaître ces métiers essentiels (entretien, restauration, aide à la personne, éducation, etc.) ?

NPA-R : La réponse est la même : augmentation des salaires, réduction du temps de travail et évidemment, la prise en compte de la pénibilité des postes. Mais encore une fois, ces avancées ne pourront être obtenues que par la lutte collective.

CGT VDL : Le management dans le public s’inspire de plus en plus du privé, au risque d’effacer le sens du service. Quelle place accordez-vous à la participation des agents dans la définition des politiques publiques locales ?

NPA-R : Cela montre déjà que le secteur public ne protège pas plus que le privé, car les travailleurs y sont aussi attaqués. L’intérêt, c’est de se battre ensemble, public comme privé, et d’avoir des revendications communes. Nous pensons que la meilleure forme de participation reste l’organisation collective des travailleurs. Nous faisons souvent référence au modèle des soviets, qui représente pour nous le plus grand exemple de démocratie : là où les travailleurs vivent et travaillent, ils doivent participer à l’intégralité des décisions. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter la représentation des salariés, mais de permettre aux travailleurs de gérer eux-mêmes tous les aspects de la société, dans tous les secteurs, car ce sont eux qui font tout fonctionner.

CGT VDL : Quelles garanties pouvez-vous donner pour que les décisions budgétaires nationales ne se fassent pas au détriment des services publics et de leurs agents ?

NPA-R : Nous ne faisons pas de promesses électorales. Ce qu’on peut promettre, c’est de se battre et d’être dans toutes les luttes qui permettront d’imposer les revendications et de faire en sorte qu’il n’y ait pas plus d’attaques contre les agents de la mairie de Lyon et tous les autres.

CGT VDL : La loi de transformation de la fonction publique a été imposée par le gouvernement au détriment de la qualité de vie et de la santé des agents. Êtes-vous prêt·e à rouvrir la discussion sur cette loi et à défendre, localement, une organisation du temps de travail plus juste et plus humaine ?

NPA-R : Nous proposons aux travailleurs de se battre, ce qui est bien plus ambitieux qu’ouvrir des négociations. Les questions du temps de travail sont effectivement le fruit d’un rapport de force et de la mobilisation des travailleurs, et pas seulement à l’échelle d’un ville. La réduction du temps de travail est une revendication nationale, qui supposerait un rapport de force assez conséquent pour arriver à l’imposer. Il ne s’agit pas de faire comme les 35 heures, une simple pirouette, mais d’instaurer une vraie réduction du temps de travail, potentiellement en dessous de 32 heures, pour partager le travail, permettre à tout le monde d’en avoir. Notre vision est de réduire drastiquement le temps de travail et d’embaucher massivement, car faire le même travail en moins de temps ne fait qu’augmenter la pression et n’a aucune vertu. Le chômage est une violence sociale, savamment entretenue par la bourgeoisie.

CGT VDL : Pouvez-vous garantir que vous n’attaquerez pas le droit de grève, en particulier dans les crèches et les écoles ?

NPA-R : Lors d’un débat avec tous les candidats, et notamment Laurent Bosetti, nous lui avons rappelé qu’il avait restreint le droit de grève dans les cantines et les crèches. Nous pensons qu’il n’y a pas de « manager de gauche « et que la grève n’est pas seulement un droit, mais le seul moyen pour les travailleuses et les travailleurs de faire valoir leurs revendications. Je suis d’ailleurs moi-même en grève en ce moment, et je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de candidats qui puissent en dire autant. Le droit de grève, c’est la seule arme qu’ont les travailleurs. Nous avons à cœur que chaque mobilisation, même la plus petite, soit gérée le plus démocratiquement possible, avec des comités de grève. Évidemment, on garantira ce droit et on fera en sorte que les salariés l’utilisent : c’est notre garantie. Nous défendrons ce droit sans ambiguïté.

CGT VDL : Êtes-vous favorable à l’élargissement de la prime SEGUR à d’autres professions, notamment dans la filière technique ?

NPA-R : La prime SEGUR est à mettre au crédit des luttes issues des hôpitaux en 2020, c’est le résultat d’une bataille. À ce titre, c’est une avancée, mais avec les limites que nous pointons toujours pour les primes : ce n’est pas une augmentation de salaire, et tout le monde ne la touche pas. Nous serions plutôt pour l’intégration de cette prime au salaire et, à ce titre, une augmentation globale des salaires pour tous, car tous les salariés ne la touchent pas actuellement. Revendiquer son élargissement, c’est la preuve que les salaires sont trop faibles. Autant revendiquer directement l’intégration de cette prime dans les salaires, et leur augmentation générale.

CGT VDL : Quelle est votre vision des œuvres sociales à destination des agents, donc une question qui concerne le COS ?

NPA-R : Amener les agents, et tous les travailleurs, à la culture est une préoccupation que nous partageons. Ce n’est pas qu’une question de salaire, mais aussi de temps de travail. La culture s’apprend, on pourrait tous apprécier l’Opéra ou la littérature. On touche là au fondement de la société capitaliste : il est très compliqué, pour la majorité de la population et des travailleurs, d’y avoir accès, tant matériellement que par manque de temps. La question de l’accès à la culture est liée au salaire et au temps libre. Si les travailleurs avaient plus de temps et d’argent, ils pourraient y avoir accès plus facilement. Cela pose la question plus large de l’organisation de la société et du partage du temps et des richesses.

CGT VDL : Face à la crise écologique, comment articuler transition environnementale et justice sociale dans les services municipaux ?

NPA-R : Nous pensons que la transition écologique ne peut pas se faire dans un système capitaliste où le profit prime. De la même manière, au niveau municipal, nous pensons que rien n’est possible sans un changement bien plus radical. Les capitalistes n’ont pas l’écologie comme priorité. Au contraire, ce qui compte pour eux, c’est de maintenir leur profit, peu importe les conséquences sur la planète ou les conditions de vie et de travail.

À notre petit niveau municipal, une des mesures que nous voulons mettre en avant est la gratuité des transports en commun.

On a beaucoup parlé de la ZFE, qui a fait polémique ces derniers mois, une mesure qui culpabilise ceux qui ont des voitures en mauvais état, qui voudraient bien ne pas polluer mais n’ont d’autres choix. La ZFE est une mesure inefficace si on n’améliore pas en parallèle le service de transport en commun. Nous souhaitons la gratuité des transports en commun, et pas seulement pour les Lyonnais, mais pour tous. Évidemment, cela doit s’accompagner d’un développement actif de l’offre : plus de lignes, un réseau plus grand et plus fréquent. Nous ne pensons pas que gratuité et amélioration des conditions de travail des agents TCL soient contradictoires.

Pour financer cela, nous proposons de prendre directement l’argent dans la poche des patrons. Jean-Michel Aulas possède 450 millions d’euros de fortune, ce qui correspond à un an et demi de gratuité sur tout le réseau lyonnais. Une fois cet argent utilisé, nous irons en chercher chez un autre patron lyonnais. Bien sûr, ce ne sera pas le maire qui le décrétera, mais la lutte des travailleurs qui le permettra, en premier lieu ceux des TCL, et de tous ceux qui souhaitent se déplacer. Ce serait une des premières mesures articulant écologie et justice sociale, en ce qu’elle permettrait aux travailleurs de se passer de leur voiture.

CGT VDL : Y a-t-il dans votre programme une compétence municipale que vous entendez renforcer particulièrement ?

NPA-R : Nous ne voulons pas renforcer une compétence municipale en particulier, mais proposer une autre conception de la mairie : une mairie au service des luttes. Notre vision est d’utiliser tous ses moyens pour être utile aux travailleurs, mettre en lumière les luttes, aller sur les piquets de grève et donner une tribune aux travailleurs. Si des élus communistes révolutionnaires étaient élus, ce serait pour renforcer les luttes des travailleurs.

CGT VDL : Quelle est votre position sur la sécurité, la police municipale et la vidéo-protection ?

NPA-R : Pour nous, l’insécurité est d’abord sociale. Le vrai sentiment d’insécurité, c’est celui de ne pas pouvoir payer son loyer, d’être à découvert dès le 10 du mois, ou même de risquer sa vie au travail. C’est celui des bas salaires et de la précarité.

On peut aussi parler de ceux qui sont victimes de la police, comme El Hacen Diarra ou du racisme, comme Ismaël Aali. On le voit avec l’actualité de la mort de Quentin : les médias sont bien moins émus par ces morts.

Nous tenons aussi à parler de la question du féminisme : quand on va déposer plainte, la manière dont les femmes sont reçues par la police, qui fait reposer la culpabilité sur les victimes, est inacceptable. Nous voulons aussi plus de places dans les foyers pour les femmes victimes de violences conjugales.

Quant à la vidéo-protection, nous sommes évidemment contre : la vidéo ne protège pas, et elle n’a même pas empêché, dans l’affaire Nahel, d’innocenter les policiers mis en cause. Nous voulons que la population assure elle-même les fonctions de sécurité.

Comme pour n’importe quelle question, cela doit être une affaire collective. Nous pensons que des milliers d’ouvrières et de travailleurs devraient s’organiser pour assurer leur propre sécurité.

La sécurité et la criminalité sont causées par les problèmes sociaux que nous avons évoqués, embaucher plus de policiers à la police municipale ne réglera rien.

CGT VDL : L’état des bâtiments publics de la ville de Lyon laisse parfois à désirer. Cela a un impact direct sur les conditions de travail des agents et la qualité de l’accueil des usagers. Quelle action un maire peut-il mener pour pallier ce problème ?

NPA-R : Cela renvoie encore aux conditions de travail. Les sommes nécessaires aux investissements existent dans la société, mais sont concentrées dans les mains des plus riches. Il faudra aller chercher cet argent pour financer les rénovations.

Conclusion

NPA-R : Nous ne faisons pas de belles promesses électorales, si ce n’est celle de lutter et de mettre tous les moyens que nous pourrons, en tant que maire mais aussi dans le reste de notre vie, au service de cette lutte. Nous ne présentons pas une candidature de témoignage, mais une candidature de combat pour mettre en avant les intérêts des travailleuses et des travailleurs, non seulement de Lyon, mais aussi de tout le pays et du monde entier. Nous utiliserons tous les moyens dont nous disposerons au service de la lutte de tous les travailleurs.

Nous nous réclamons du Lyon des Canuts, face au Lyon de la bourgeoisie incarné par Aulas.

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