Rencontre entre Delphine Briday et la CGT de la ville de Lyon

Delphine Briday :
32 ans, Infirmière, se presente pour « Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs » elle sera la tête de liste pour «Lutte Ouvrière (LO)», organisation qui se définit comme une union communiste (trotskyste).
Comme pour chaque candidat rencontré, nous avons déroulé notre questionnaire. Toutefois, la nature de l’entretien ne nous a pas permis d’obtenir une réponse à chacune de nos questions de manière précise, mais plutôt une vision générale de la politique et des positions de Lutte Ouvrière.

CGT VDL : Quelle est votre vision du dialogue social ?
DB : Notre vision du dialogue social, c’est le rapport de force. Nous pensons que le dialogue social, tel qu’il est présenté, n’existe pas réellement. Ce sont toujours les travailleurs qui doivent faire des concessions.
Pour nous, la classe dirigeante et ceux qui travaillent ont des intérêts irréconciliables. Les dirigeants n’écoutent que lorsqu’ils sont menacés dans leurs intérêts. Le dialogue social est une invention patronale pour faire croire que nous sommes sur un pied d’égalité.
On ne peut pas prendre les problèmes par un petit bout de la lorgnette. Avec le dialogue social, on discute de mesurettes : on se satisfait de 30 ou 40 euros d’augmentation alors que cela ne règle rien.
(Commentaire CGT : Les 2 camarades de LO que nous avons recu, se sont placés du point de vue des travailleurs et non de celui de candidat.)

CGT VDL : Quelle est votre vision du service public territorial ?
DB : Nous défendons l’idée que ce sont les travailleurs qui doivent diriger. Ce sont eux qui font tout fonctionner. Pour administrer une ville comme Lyon, il faut énormément d’agents : ce sont eux qui font tourner la machine.
Les travailleurs sont les mieux placés pour parler des conditions matérielles et financières. Aujourd’hui, les collectivités sont tributaires de budgets contraints et du désengagement de l’État. Les gouvernements mènent une véritable guerre économique contre le service public.
Les municipalités passent des contrats avec de grands groupes privés. Nous pensons qu’il y aurait des moyens à réorienter vers le service public. Il faut sortir de cette économie basée sur l’argent.

CGT VDL : Les agents municipaux subissent une charge de travail croissante et un manque d’effectifs. Comment améliorer concrètement leurs conditions de travail ?
DG : Les réformes des retraites et le report de l’âge de départ n’arrangent rien. Tous les métiers sont pénibles. Il faut mettre les moyens en face des besoins et remettre les agents en phase avec le cœur de leurs métiers.
Les conditions d’exploitation mettent les agents dans des situations où le travail n’est plus réalisable correctement, ce qui dégrade forcément le service public.
La société n’est pas organisée pour répondre aux besoins des travailleurs ni de la population, mais pour des intérêts financiers.
Nous défendons la répartition du travail entre tous afin que le travail ne soit plus une source de souffrance.
Le gouvernement prépare la guerre : 74 milliards d’euros pour le budget militaire, c’est autant d’argent en moins pour le service public de proximité.
Nous refusons de devoir choisir entre payer correctement les agents ou construire des logements. Même à l’échelle municipale, nous refusons de gérer la pénurie imposée par l’État.

CGT VDL : Quelle est votre position sur la sous-traitance, la précarité et la titularisation ?
DB : C’est une manière pour l’État de diviser les travailleurs entre catégories et statuts. Nous voulons casser ces frontières. La sous-traitance dégrade encore davantage le service public et les conditions de travail. Tous les travailleurs n’ont pas les mêmes droits, mais ce sont malgré tout des travailleurs, et il faut aussi s’adresser à eux.

CGT VDL : Êtes-vous favorable à la réduction du temps de travail à 32h sans perte de salaire ?
DB : Oui. Il faut partager le temps de travail. Les ouvriers vendent leur force de travail comme une marchandise.
La société préfère laisser des milliers de bras et de cerveaux au chômage plutôt que de soulager ceux qui sont déjà en poste et qui s’épuisent.

CGT VDL : Êtes-vous favorable à une revalorisation salariale municipale complémentaire ?
DB : La question centrale, c’est le salaire : combien on touche et si cela permet de vivre. Nous revendiquons 2 000 € minimum pour tous.
Mais cela nécessitera un rapport de force qui n’existe pas aujourd’hui. Notre travail n’est pas un coût, c’est une richesse.
Aujourd’hui, les capitalistes préfèrent préparer la guerre. Ils veulent mettre des armes entre les mains des travailleurs pour aller tuer leurs voisins.

CGT VDL : Garantissez-vous le respect du droit de grève ?
DB : Oui, nous ne toucherons pas au droit de grève. Nous sommes surtout favorables à ce que les travailleurs s’organisent eux-mêmes.

CGT VDL : Quelle est votre position sur la prime SEGUR ?
DB : Cette prime a servi à diviser entre public et privé, entre catégories et filières. Elle n’est pas intégrée au traitement de base et, dans certains cas, elle a servi à supprimer d’autres primes.
Ce qu’ils donnent d’une main, ils le reprennent de l’autre.
Il faut augmenter les salaires de tous et garantir qu’aucun salaire ne soit inférieur à 2 000 €. Les agents doivent pouvoir vivre dignement.

CGT VDL : Comment articuler transition écologique et justice sociale ?
DB : La crise écologique ne se réglera pas au niveau local. Les mesures actuelles reposent sur des gestes individuels, ce qui ne change pas le fond du problème.
Il y a aussi la question des transports en commun : développer le tramway ne doit pas se faire au détriment des lignes de bus.

CGT VDL : Quelle compétence municipale renforcerez-vous en priorité ?
DB : Le logement est un problème central. Il concerne aussi bien les jeunes sans papiers que les habitants qui n’ont plus les moyens de vivre à Lyon.
Nous appelons une fois de plus à la mobilisation de la population. L’État reste un frein majeur : rien ne se fera sans un rapport de force collectif.

CGT VDL : Quelle est votre position sur la sécurité et la police municipale ?
DB : Les quartiers et les travailleurs doivent aussi s’organiser pour leur sécurité. Le problème est celui d’une société qui dégrade les relations humaines.
Mettre plus de policiers municipaux ou plus de caméras ne réglera rien. La délinquance est le produit de l’organisation sociale actuelle.
Les policiers municipaux subissent eux aussi des conditions de travail difficiles, mais ils restent un bras armé de l’État chargé de maintenir l’ordre social existant.
La vraie insécurité aujourd’hui, notamment pour les femmes, c’est de ne pas savoir comment payer ses courses ou son loyer.
Les trafics de drogue sont une conséquence de la misère et de l’exploitation. Les trafiquants fonctionnent comme de petits capitalistes.
C’est par la dignité ouvrière et la fierté d’être travailleur que l’on peut offrir des perspectives à la jeunesse.

Conclusion de DB : Lutte Ouvrière se présente pour faire entendre la voix des travailleurs, mais ne pense pas que tout se joue dans une élection municipale.
La participation aux élections vise avant tout à faire connaître nos idées. Le changement ne viendra pas des urnes, mais du rapport de force des travailleurs.
La Commune de Paris reste notre référence : en quelques semaines, les travailleurs en lutte ont pris plus de décisions progressistes que n’importe quel gouvernements.
Nous souhaite élever le niveau de conscience de classe.
Si nous étions à la tête d’une municipalité, on appellerait la population à se mobiliser et à s’organiser collectivement.
Les gens sont dégoûtés, et ce n’est pas le vote qui changera les choses et seul le rapport de force peut inverser la situation.

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