6Grégory Doucet :
Maire de Lyon sortant, 52 ans, tête de liste de «Vivre Lyon » membre du parti « Les Écologistes », mènera une liste d’union de la gauche avec le « Parti socialiste (PS) », le « Parti communiste français (PCF) » et « Place publique ».
L’agenda du maire ne nous a pas permis de pouvoir nous rencontrer ; nous lui avons fait parvenir les mêmes questions qu’aux autres candidats par courriel. Voici donc les réponses qu’il nous a fait parvenir.
La partie en italique n’est pas dans le document mais est un ajout pour la compréhension du texte
CGT VDL : Quelle est votre vision du dialogue social ?
GD : En 2025, nous avons signé un accord collectif –avec la CGT notamment- visant à promouvoir le dialogue social et à reconnaître l’engagement syndical. Une charte du dialogue social, décrivant toutes nos intentions, est associée à cet accord.
Nous veillerons à faire vivre cet accord collectif, en mobilisant notamment l’administration sur le dialogue de proximité, la prévention des risques professionnels et la formation à un dialogue social actif.
CGT VDL : Quelle est votre conception du rôle du service public territorial dans une ville comme Lyon ?
GD : La commune a cette particularité de regrouper les principaux services publics du quotidien. L’action publique se traduit essentiellement par l’action des agents de terrain : crèches, écoles, espaces publics, établissements sportifs et culturels…
Les personnels constituent donc la principale richesse de la collectivité, une valeur et non un coût. La politique employeur est donc centrale.
CGT VDL : Les agents municipaux subissent une charge de travail croissante et un manque d’effectifs dans de nombreux services. Comment comptez-vous améliorer concrètement les conditions de travail dans la fonction publique territoriale ?
GD : Nous continuerons à apporter notre soutien aux agents à travers une politique employeur active : créations de poste (plus de 400 créations sous le mandat écoulé), gratification (valorisation salariale et déroulé de carrières amélioré), prévention des risques professionnels (inspection, prévention, dialogue social).
CGT VDL : De plus en plus de services municipaux ont recours à la sous-traitance ou à des contractuels précaires. Quelle est votre position sur la titularisation et la lutte contre la précarité dans la fonction publique territoriale ?
GD : Nous sommes très attachés au statut. Le recrutement de fonctionnaires doit rester la règle. Nous ne recrutons des contractuels que sur les postes qui ne trouvent pas de titulaires, de sorte à ce que les équipes ne soient pas fragilisées. Nous poursuivrons le chantier de déprécarisation de la filière animation, déjà amorcé, mais qui sera accentué grâce à un accueil de loisirs à la journée les mercredis (développement de temps complets).
CGT VDL : Allez-vous garantir le maintien du statut de la fonction publique territoriale face aux tentations de « management privé » ou d’externalisation des missions ?
GD : Sous le mandat écoulé, nous avons montré notre attachement aux services publics municipaux en régie, sans jamais réduire notre périmètre de service public. Nous avons même municipalisé quelques petites structures associatives, comme des relais d’assistantes maternelles en fragilité, pour assurer une continuité de service public à la population. C’est cette logique que nous continuerons à appliquer dans le cadre du futur mandat.
CGT VDL : Face à la hausse des burn-out dans les services, quelles mesures de prévention et de santé au travail envisagez-vous pour les agents municipaux ?
GD : Le renforcement du réseau des conseillers de prévention sous ce mandat, ainsi que le développement de la fonction d’inspection, nous permettront d’atterrir sous le prochain mandat sur une mise à jour complète des documents uniques de prévention des risques professionnels prenant en compte le burn-out. En parallèle, nous souhaitons ouvrir des espaces de discussion sur le travail, partant du travail vécu par les agents, en nous inspirant des méthodes du professeur émérite en psychologie du travail, Yves Clot.
CGT VDL : L’inflation a réduit le pouvoir d’achat des agents territoriaux. Êtes-vous favorable à une revalorisation salariale municipale complémentaire au point d’indice, notamment via l’IFSE ?
GD : Lors du mandat écoulé, la Ville de Lyon est une des collectivité de France à avoir le plus bonifié son régime indemnitaire avec deux revalorisations inédites en 2022 et 2024 pour près de 15 millions d’euros, auxquelles peuvent encore être ajoutés des valorisations ciblés (métiers du spectacle, police municipale…). Nous avons atteint l’engagement du NFP d’un salaire minimum net à plus de 1600€ à ville de Lyon et nous aurons à cœur de poursuivre cette dynamique de valorisation et d’attractivité.
CGT VDL : Les agents de catégorie C restent les plus exposés à la précarité et à la pénibilité. Comment entendez- vous mieux reconnaître ces métiers essentiels (entretien, restauration, aide à la personne, éducation, etc.) ?
GD : Le mandat écoulé a permis une revalorisation de salaire significative, une accélération de la carrière des agents de catégorie C (ratios passés de 35% à 75%) et un gros chantier autour des conditions de travail des agents des écoles et des crèches (prévention, remplacement, achat de matériel…). Sous réserve d’un dialogue social préalable, une prochaine revalorisation salariale pourra être envisagée en priorisant les métiers dits de la « première ligne », pour beaucoup féminins.
CGT VDL : Le management dans le public s’inspire de plus en plus du privé, au risque d’effacer le sens du service. Quelle place accorderez-vous à la participation des agents dans la définition des politiques publiques locales ?
GD : Le mandat écoulé a permis d’expérimenter un processus singulier de projet d’administration, permettant des initiatives d’agents, des expérimentations venues du terrain, des projets inter-directions. Une convention citoyenne d’agents autour du climat, là aussi inédite, a permis de donner la parole aux agents qui font la ville. Le pacte social « éducation/crèches » a aussi permis d’innover avec des focus group métiers et une votation au sein de chaque direction. Nous avons aussi organisé une journée de réflexion sur le service public, « Fiers de nos services publics », réunissant 200 agents, avec l’appui du collectif d’agents « nos services publics ».
Enfin, le baromètre de la qualité de vie au travail recueille près de 3 000 avis annuellement. Dans cette même dynamique, et comme évoqué ci-dessus, nous souhaiterions désormais ouvrir des espaces de discussion sur le travail, partant du travail vécu par les agents, en nous inspirant des méthodes du professeur émérite en psychologie du travail, Yves Clot.
CGT VDL : Quelles garanties pouvez-vous donner pour que les décisions budgétaires nationales ne se fassent pas au détriment des services publics et de leurs agents ?
GD : En 2025 et 2026, alors que l’Etat a imposé aux collectivités des contraintes très lourdes, comme le dispositif DILICO (DIspositif de LIssage COnjoncturel est un mécanisme qui consiste à prélever une partie des recettes fiscales de l’année 2025 de 2 000 collectivités, dont Lyon, pour les mettre en réserve au niveau de l’État.), ou encore la contribution bonifiée à la CNRACL (la Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales, la caisse de retraite pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers. Le gouvernement a décidé d’augmenter les cotisations employeurs à la CNRACL de 3 points par an, passant de 37,65 % aujourd’hui à 43,65 % en 2028), notre majorité a tenu le cap de ses engagements, sur les salaires comme sur les créations de poste, et en continuant d’aller de l’avant sur de nouvelles mesures sociales innovantes comme la prévoyance pour tous (+2M€).
En 2023-2024, quand toutes les collectivités ont été durement touchées par le choc d’inflation, nous avons fait le choix de revaloriser comme jamais les agents municipaux (+10M€).
Nous serons fidèles à cet engagement sincère pour les agents publics et le service public.
CGT VDL : La loi de transformation de la fonction publique a été imposée par le gouvernement au détriment de la qualité de vie et de la santé des agents. Êtes-vous prêt à rouvrir la discussion sur cette loi et à défendre, localement, une organisation du temps de travail plus juste et plus humaine ?
GD : Nous avons dénoncé la loi de transformation publique localement quand elle imposait à nos collectivités un retour uniforme aux 1607h, contrairement au secteur privé. A Lyon, nous avions fait le choix remarqué de porter un « bouclier social » sur le temps de travail, en couvrant près de 60% de personnel avec des jours de repos bonifiés, pour que les agents ne perdent pas leurs acquis sociaux.
Très peu de collectivités peuvent prétendre être allées aussi loin, dans le cadre réglementaire et fortement surveillé par les Préfectures au titre du contrôle de légalité (est une vérification a posteriori faite par la préfecture pour vérifier la conformité des actes des collectivités territoriales).
De plus, à l’écoute des revendications des syndicats, nous avions préservé un maximum l’écosystème des instances de dialogue social avec le maintien d’une F3SCT (tout comme une F3SCT de site pour le CCAS), avec un nombre de représentants du personnel porté à son maximum.
Face à la perte de compétence des commissions administratives paritaires, nous avons également organisé des comités de dialogue sociaux permettant aux syndicats de suivre les promotions et avancements d’agents.
CGT VDL : Quelle est votre position à propos de la réduction du temps de travail à 32h sans perte de salaire ?
GD : Conformément au programme du Nouveau Front Populaire, nous y sommes favorables sur le principe, prioritairement pour les métiers les plus pénibles. Pour réaliser cette grande conquête sociale, nous devons cependant relever plusieurs défis : bénéficier d’un contexte budgétaire favorable qui permette de compenser la réduction du temps de travail par des embauches massives ; travailler à une loi sur les 32h qui touche l’ensemble de la société, privé comme public, pour ne pas que le service public apparaisse comme un secteur privilégié, avec des amplitudes horaires réduites.
CGT VDL : Pouvez-vous garantir que vous n’attaquerez pas le droit de grève, en particulier dans les crèches et les écoles ?
GD : Sous ce mandat, nous avons travaillé sur la continuité des services publics éducatifs, dans le souci de respecter à la fois le droit de grève des agents et l’intérêt des enfants et des familles.
Cela s’est traduit par des engagements budgétaires importants sur des créations de poste (critère de création de postes bonifiés dans les écoles), les remplacements, l’achat de matériel ergonomique, le renforcement du dialogue de proximité. Sur les modalités de grève, nous avions écarté l’option d’un service minimum réclamé par notre opposition, c’est-à-dire une forme de réquisition des personnels.
Pour notre part, un projet avait été soumis au dialogue social, conciliant le maintien du principe de la grève à l’heure et une moindre désorganisation du service de restauration pour les enfants et la famille. Face à l’opposition des représentants du personnel, le projet a été retiré avec un engagement réciproque à agir en responsabilité sur les écoles. Nous nous tiendrons à cet engagement réciproque qui nous engage mutuellement.
CGT VDL : Etes-vous favorable à l’élargissement de la prime SEGUR à d’autres professions, notamment dans la filière technique ?
GD : L’analyse juridique du SEGUR par la Ville de Lyon et d’autres collectivités partenaires ont fait apparaître que les dispositions de la prime SEGUR n’étaient pas applicables à la filière technique et/ou à certains services qui pourraient pourtant mériter une considération légitime. La Ville de Lyon a gratifié (à sa manière via l’IFSE) l’intégralité des personnels de près de 1 000€ net par an en 2024, tout en accordant une bonification à 1250€ net à ses équipes sociales et médico-sociales qui pour un certain nombre revendiquaient justement le SEGUR.
CGT VDL : Quelle est votre vision des œuvres sociales à destination des agents ?
GD : La politique sociale de l’employeur est un élément déterminant de considération des agents et de justice sociale. Sous le mandat écoulé, nous avons été pro-actifs dans tous les domaines : création de la prévoyance pour tous, forte prise en charge employeur des hausses tarifaires de la mutuelle, revalorisation des tickets restaurants, création du forfait mobilité durable (facultatif), renforcement du service des assistantes sociales, près de 500 agents accompagnés sur un logement abordable, calcul de subvention bonifié au Comité des Oeuvres Sociales (COS)…
Nous nous appuyons par ailleurs beaucoup sur le COS, et les représentants du personnel qui y siègent, pour définir une offre de loisirs, sportive, culturelle, événementielle, qui participe à l’émancipation collective des agents.
CGT VDL : Face à la crise écologique, comment articuler transition environnementale et justice sociale dans les services municipaux ?
GD : En premier lieu, le mandat écoulé a permis de renforcer les équipes municipales autour des enjeux écologiques avec des dizaines de créations de poste, très loin de toute perspective austéritaire : à la mission transition écologique, dans le secteur des bâtiments et de la rénovation énergétique, dans le secteur des espaces verts pour la végétalisation de la ville, dans des domaines divers et variés comme l’achat responsable, l’agriculture urbaine, l’alimentation locale, la santé publique…
En second lieu des démarches d’appropriation des enjeux écologiques ont été déployées : plan de formation à la transition écologique, convention citoyenne des agents sur le climat, plan de déplacement mobilité employeur, accompagnement des équipes sur des projets ciblés (cour d’école nature, crèche en extérieur…).
Parallèlement à ces avancés, la question de la justice sociale pour les personnels n’a jamais été négligée, grâce au cadre fixé par le « Pacte social pour le service public et les agents municipaux », qui a garanti des moyens en termes de salaire, de carrières, de formation et de conditions de travail.
CGT VDL : Il y a-t-il dans votre programme, une compétence municipale que vous entendez renforcer particulièrement ?
GD : Nous pouvons citer deux exemples sans prétendre à l’exhaustivité :
• Nous voulons créer un véritable service public du logement, c’est-à-dire qu’en plus d’accompagner les demandeurs de logement social, nous souhaitons demain accentuer notre offre de services en direction des locataires sur l’encadrement des loyers, la création d’une garantie de loyers (caution municipale), la création d’une assurance habitation municipale pour ceux qui peinent à y accéder à un prix accessible.
• Nous voulons poursuivre la professionnalisation et la déprécarisation de la filière animation en accroissant le volume d’heures proposés aux animateurs et animatrices avec l’extension de l’accueil de loisirs à la journée les mercredis. Cela assurera une meilleure rémunération à nos personnels et leur permettra la structuration d’activités plus intéressantes, porteuses de sens et plus motivantes encore.
CGT VDL : Quelle est votre position sur la sécurité, la police municipale, et la vidéo-protection ?
GD : Nous considérons la sécurité publique comme une prérogative fondamentale du Maire et une attente légitime des Lyonnaises et des Lyonnais. Pour cela, nous allons poursuivre le travail engagé sous mandat écoulé autour de l’attractivité retrouvée de la police municipale (qui n’avait pas été revalorisée pendant plus de 10 ans avant notre arrivée) avec le cap des 365 postes à pourvoir. Nous souhaitons aussi encourager une plus grande proximité avec la population avec davantage de patrouilles pédestres, cyclistes ou équestres, qui permettent de nouer du lien. Nous avons aussi inscrit au programme la création de « postes mobiles» pour que nos policiers municipaux se rendent à des rendez-vous réguliers sur l’espace public pour favoriser les démarches en proximité, ou remontées d’habitants. Enfin, nous restons très pragmatiques sur la vidéo- surveillance, en déployant des caméras là où c’est nécessaire, soit nomades pour soutenir un travail d’analyse de terrain, soit pérennes lorsque les besoins sont avérés et continus.
CGT VDL : L’état des bâtiments publics de la ville de Lyon laissent parfois à désirer. Cela a un impact direct sur les conditions de travail des agents et la qualité de l’accueil des usagers. Quelle action un maire peut-il mener pour pallier à ce problème ?
GD : Sur le mandat écoulé, nous avons fait le constat d’une « dette patrimoniale » laissée par nos prédécesseurs.
Cela nous a conduit au mandat de rattrapage le plus important que Lyon ait connu sous son histoire avec près de 800M€ consacrés aux créations d’équipements comme aux projets de rénovation : crèches, écoles, locaux techniques et administratifs…
Dans notre programme, nous ne sommes pas dans la course aux grands projets électoraux : nous privilégions la remise en état du patrimoine municipal, sa valorisation, au bénéfice des usagers comme des agents publics.